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A travers 1 millénaire... l'histoire d'un petit village
Chroniques de l’abbaye: (résumé de Eric Girard)
Eric est passionné de la Lorraine et de son histoire. Il nous emmène des heures passionantes à travers son pays. Eric est notre ami et voisin
L'Histoire de cette abbaye détruite et restaurée plusieurs fois, déplacée deux fois, est mal connue. Les trois étapes principales sont :
1) 7e siècle (663 ?) : fondation du 1er monastèrede Bonmoûtier sur le site actuel de Val-et-Châtillon ( à 3 km en contrebas du futur Saint-Sauveur).
Ce monastère, au Nord, formait sur la carte la "Sainte Croix des Vosges" avec les monastères contemporains de Senones-Moyenmoutier-Etival ("Trois Abbayes" ) et Saint-Dié au Sud.
C'était un couvent de femmes fondé par Leudin Bodon qui lui donna son nom (Bonmoutier = Bodonis monasterium), tout comme à Badonviller et au faubourg de Nancy nommé Boudonville, ancêtre du village de St Dizier rasé lors de la construction de l'enceinte fortifiée de Nancy sous le Duc Charles III (fin 16e siècle), dont il ne resta que le faubourg des Trois Maisons et dont on relogea les habitants dans la rue qui garda le nom du village détruit : la rue St Dizier.
Bodon, 17e évêque de Toul, installa le couvent dans une ancienne métairie, qui resta une ferme après le déplacement du monastère à Saint-Sauveur. Il nomma sa fille Thietberge comme première abbesse. Le couvent devait suivre la règle irlandaise de St Colomban (fondateur de Luxeuil).
Bonmoûtier devint monastère d'hommes et passa à la règle bénédictine au 8e siècle.
Il est cité dans les différents partages entre les descendants de Charlemagne.

912 Bonmoûtier est cité dans un "diplôme" de Charles-le-Simple roi de Francie occidentale (petit-fils de Charles le Chauve, lui même petit-fils de Charlemagne). Il atteste la présence de moines et non plus de religieuses.
L'évêque de Toul Etienne, de la famille des Folmar de Lunéville (comtes de Lunéville-Metz), y mourut le 20 décembre 995. Mais on l'enterra à Moyenmoûtier. Berthold, originaire de Souabe (?) lui succèda.
1002 : Ulrich de Turquestein, sire de Blâmont, est nommé "voué" (advocatus) de Bonmoûtier par l'évêque de Toul, Berthold, futur fondateur de St Sauveur. Son fils Gérard lui succède ensuite comme avoué de Saint-Sauveur.
2) 1010:fondation de Saint-Sauveur. Transfert de Bonmoûtier "in clivo montis" (sur la pente d'un mont) tout proche. Plus près de Dieu ? Le nouveau monastère conserve le patrimoine foncier de l'ancien Bonmoutier, appartenant à l'évêché de Toul. Mais Berthold, 36e évêque de Toul, l'auteur de ce transfert et de cette fondation, y ajoute des dons sur son propre patrimoine, que Saint-Sauveur possèdera en propre. Toutefois Saint-sauveur passa au temporel de Metz au cours du 13e siècle, tout en restant dans le spirituel de Toul.
Rappel : 1010, c'est 23 ans après l'avènement de Hugues Capet, sous le règne de son fils Henri Ier le Pieux; c'est 85 ans avant le départ de la 1ere croisade; c'est 56 ans avant la conquête normande de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant; c'est 130 ans avant la fondation de l'abbaye cistercienne, voisine, de Haute-Seille (près de Cirey).
Le monastère de Saint-Sauveur est dit "plus ancien même que le duché de Lorraine" dans un acte notarié du 18e siècle (car fondé en 1010 alors que le premier Duc de la Maison de Lorraine ne l'est qu'en 1047 si l'on excepte la précédente dynastie "ardennaise" des Bar-Verdun).
Il compte une vingtaine de moines.
1019 : mort de Berthold, évêque de Toul, fondateur de St Sauveur et donateur de son patrimoine personnel (ainsi les possessions de St Sauveur seront pour partie indépendantes de l'évêché). Bruno de Dabo-Eguisheim, futur évêque de Toul et pape sous le nom de (St) Leon IX, fit ses études à l'école episcopale deToul du temps où Bertholde en était l'évêque. Berthold est qualifié de "nutritor" (père nourricier) de Léon IX.
1048 ou 1051 : le pape Leon IX, toujours évêque de Toul, serait passé à St Sauveur dans le cadre de ses visites épiscopales (cf: Henri Lepage, statistiques de la Meurthe).
1135-38 : siège de Pierre-Percée par Renaud de Bar et Etienne évêque de Metz, les frêres d'Agnès de Bar, veuve du comte de Langenstein, épouse de hermann II de Salm. Edification de fortifications à Damegalle et la Roche des Corbeaux pour ce siège. St Sauveur recevra la chapelle de Pierre-Percée en don d'Agnès.
1138 : l'abbaye reçoit un don considérable de la comtesse Agnès de Bar, veuve du comte de Langenstein (Pierre-Percée), à la mémoire duquel elle fonde des messes perpétuelles ainsi qu'à la mémoire de son fils Guillaume enterré à Saint-Sauveur ou à Raon-lez-leau (vallée de la Plaine, au pied du Donon). Elle donne en particulier toutes les forêts jusqu'au lieu dit Loudamont (="Les deux Donons"?).
Des bornes du 18e siècle ont été retrouvées dans ce secteur. Elles portent la sculpture des 2 "S" de Saint-Sauveur séparées par une crosse abbatiale (voir un futur article du journal "L'essor" de Schirmeck ).
1140 la comtesse Agnès fonde l'abbaye cistercienne de Haute-Seille (sortie de Cirey vers Blâmont) mais est-elle la même que la bienfaitrice de Saint-Sauveur ou bien sa fille dotée du même prénom ? Il est possible que St Sauveur ait servi de nécropole aux Langenstein (Pierre-Percée) correspondant au premier mariage d'Agnès de Bar ( la mère) et que Haute-Seille ait servi aux Salm (2e mariage d'Agnès dont serait issue sa fille, Agnès aussi, désireuse d'honorer ses ancêtres les Salm ). Car dans la charte de fondation de Haute-Seille la comtesse Agnès parle de "ses ancêtres les Salm". Seule la fille pouvait s'exprimer ainsi.
1176 consécration de l'abbaye voisine (et rivale) cistercienne de Haute-Seille par l'évêque de Toul Pierre de Brixey. Un conflit financier et territorial éclate qui entraine l'intervention de l'évêque et de deux abbés voisins. L'abbé de saint-Sauveur est déposé. Vacance de la fonction ?
Entre 1174 et 1188 : les bénédictins sont remplacés par des chanoines réguliers de Saint-Augustin (qui desservent des paroisses).
(Fin 12e siècle : Jean de Haute-Seille écrit le "Roman de Dolopathos").
Les abbayes de Saint-Sauveur et de Haute-Seille ont de nombreux conflits, en général perdus par Saint-Sauveur.
Vers 1250, le moine Richer de Senones écrit sa Chronique de Senones . C'est lui qui donne la date de fondation de Saint-Sauveur en 1010 ainsi que les circonstances.
Il est repris par tous les historiens qui suivront. Notamment Jean de Bayon (14e s!ècle), Jean Ruyr (Saintes Antiquités de la Vôge, 1634 Epinal), Dom Calmet (18e siècle), l'abbé Chatton (1897).
1285 : Le Tournoi de Chauvency, mis en vers par Jacques Bretex, trouvère qui commence son récit au château de Salm (en Vosges) et raconte le tournoi qui réunît toute la chevalerie du grand Est, d'Angleterre, Bourgogne, Belgique actuelle. Manuscrit enluminé conservé à Oxford (enluminures représentant Henri Ier de Blâmont à cheval, ci-dessous, Bodleian Library, Ms Douce) , Reims, Mons et Paris. Il a été mis en musique et en scène par Anne Azéma et la Boston Camérata (CD commercialisé en 2007, Conseil Régional de Lorraine).
L'un des participants, Henri Ier de Blâmont (ici à gauche sur l'image), s'est fait enterré à Saint-Sauveur, et c'est son gisant qui figure au Musée Lorrain de Nancy. Saint-Sauveur est donc le tombeau de l'un des principaux protagonistes ("héros") du tournoi de Chauvency.
(Photo du Musée Lorrain)
1286 : les possessions de l'abbaye de Saint-Sauveur qui étaient essentiellement sous suzeraineté de l'évêque de Toul passent sous celle de l'évêque de Metz.La cause en est la perte d'une bataille par l'évêque de Toul Conrad Probus face aux troupes de l'évêque de Metz Bouchard d'Avesne.
St Sauveur dépend toujours de Toul au spirituel. 1314 : partage de terres entre l'évêque de metz et le sire de Blâmont : l'évêque garde les forêts de la Sarre au Donon jusqu'à Saussenrupt et le sire de Blâmont reçoit la rive gauche de la Vezouze avec les bans de Bonmoûtier et de st Sauveur.
1324 : le château de Châtillon, construit par henri Ier de Blâmont, devient son alleu, pour s'opposer aux tentaives d'expansion des seigneurs de Turquestein.
1331 : mort de Henri Ier de Blâmont. Sa femme, Cunégonde de Linange, héritière de l'illustre famille des Dabo, est décédée avant lui et représentée sur le même monument, à Saint-Sauveur.
(Musée Lorrain)
1344 : l'évêque de Metz, Adhémar de Monteil, abandonne au Duc Raoul de Lorraine ses possessions issues du partage de 1314 : Bertrimont (= Petitmont), Cirey, St Quirin, Hattigny, Niederhoff, Bonmoûtier .
1350 : le château de Turquestein passe au sire de Blâmont, Thiébaut, en récompense de son soutien à l'évêque de Metz.
1470 : incendie accidentel qui détruit le monastère et fond les 7 cloches de la tour.
Reconstruction au début du 16e siècle avec le soutien financier de l'évêché de Metz de qui dépend le monastère au temporel depuis le 13e siècle. Les deux manuscrits de la fin du XVe siècle conservés à la BM de Nancy, appartenant aux chanoines de Domêvre en 1727, sont sans doute les seuls vestiges de la bibliothèque de cette époque.
(Ms BM de Nancy)
Le premier est un Livre d'Heures (Notre-Dame de Pitié), l'autre un petit recueil de recettes médicinales en Latin et en Français. Tous deux écrits en lettres gothiques, le premier est orné de miniatures peintes très colorées illustrant des scènes religieuses (le roi David et sa lyre, Rêve d'Auguste, Annonciation, Nativité, fuite en Egypte sur fond de paysage "vosgien", Crucifixion...).
1524-25 : destruction, pillage et incendie du monastère lors de la "Guerre des Rustauds" venus semble-t-il d'Alsace et d'Allemagne : révolte paysanne politique et religieuse inspirée par la Réforme protestante. La destruction de Saint-Sauveur, comme monastère catholique et comme seigneurie féodale, serait l'une des preuves du passage des révoltés sur le versant Ouest des Vosges avant l'intervention armée du Duc Antoine de Lorraine et du Duc de Guise son frêre. Les Rustauds seront massacrés à Saverne et à Lupstein.
1559 : date figurant sur la clef de voûte centrale de l'église. Il s'agit de la dernière reconstruction, qui correspond à l'année de la majorité légale et du mariage du DucCharles III de Lorraine à Notre-Dame de Paris avec Claude de France(Valois), fille du roi Henri II et de catherine de Médicis. Union chantée par Ronsard. Le roi Henri II meurt la même année, lors d'une joute.
1569 : dernière destruction du monastère de Saint-Sauveur, due au passage des troupes protestantes allemandes qui rejoignaient leurs alliés en France en ravageant la Lorraine catholique semble-t-il, mais le rôle du comte de Salm passé au protestantisme (il était apparenté à l'amiral de Colligny par mariage) et "domicilié" à Badonviller, reste à préciser. C'est en tous cas aux Guerres de Religion qu'on doit la fin du monastère de Saint-Sauveur.
3) 1570:transfert de l'abbaye à Domêvre-sur-Vezouze, qui appartenait aux chanoines de Saint-Sauveur. Lettre patente du Duc Charles III et autorisation de Chrétienne de Danemark, sa mère (nièce de Charles Quint) dont le douaire était fixé à Blâmont. L'abbaye est désormais appelée de "Saint-Sauveur-Domêvre". Les raisons du transfert semblent davantage porter sur le coût du transport des matériaux en haut du plateau de Saint-Sauveur et éventuellement au climat, qu'à des raisons de protection militaire qu'auraient apporté les proches remparts de Blâmont, car le nouveau monastère de Domêvre n'a pas tardé à être détruit lui aussi.
1587 : destruction de l'abbaye de Domêvre (par les troupes du Duc de Bouillon ?).
1608 : l'abbé de Saint-Sauveur est absent dans les gravures des cérémonies de la pompe funèbre du Duc Charles III à Nancy. La plupart des autres abbés de Lorraine et Barrois y sont représentés. La raison de cette absenc reste inconnue...
Vers 1625, Domêvre adhère à la Congrégation de Notre Sauveur sous le patronage de Pierre Fourier..
1638 : les archives de l'abbaye mises à l'abri des remparts de Blâmont périssent dans le siège et la chute de la ville.
1640 : seule description des ruines de Saint-Sauveur dans un registre fiscal manuscrit et relié dans une partition musicale ancienne d'écriture gothique. Cloître au Levant, dortoire, caves, batiments agricoles...
1674 : dernière reconstruction à Domêvre et période faste sous le règne des Ducs Léopold (qui se rend à l'abbaye avec sa cour) et Stanislas.
1698 et 1748 : procès entre l'abbé de St Sauveur-Domêvre et la marquis du Châtelet puis le prince de Beauvau à propos de forêts près du Donon. Pose de 12 bornes encore visibles, portant d'un côté les initiales DC (Du Chatellet) et de l'autre les deux "S" de St Sauveur(comme sur la clef de voute du choeur) autour d'une crosse abbatiale.
1731 : fêtes somptueuses à l'abbaye de Domèvre de la béatification de Pierre Fourier, fondateur de la Congrégation de Notre Sauveur. L'abbé prétend à la juridiction quasi-épiscopale.
1746 : l'abbaye de Domèvre devient la maison cheftaine de la Congrégation et le lieu des réunions de la Congrégation .
Suppression du monastère à la Révolution (1790). Ses biens sont vendus comme biens nationaux et deviennent privés jusqu'aujourd'hui.
1854 : don du gisant de Henri Ier de Blâmont et de Cunégonde de Linange au Musée Lorrain de Nancy, par le Maire de Saint-Sauveur, Mr Thirion.
1867 ? projet de construction du clocher contre le choeur sans nef. Photo sans clocher(à dater).
1897 : Publication de l'ouvrage de référence de l'Abbé Chatton sur l'abbaye de Saint-Sauveur (1010-1789).
Canonisation de Pierre Fourier, chef de la congrégation de Notre Sauveur.
1922 : bénédiction des (3) nouvelles cloches.
1947 : l'église menace ruine. Elle est fermée.
1954 : restauration de l'église dans l'état actuel.
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1969 : célébration du quadri-centenaire du départ des moines (chanoines) à Domêvre.








